vendredi 13 avril 2018

Sans panty... mais en tout bien tout honneur !


Le mage de Chumphon m'a dit qu'il fallait que je mette plus de photos sur mon blog. Ici, devant la maison, à droite...

On n'imagine pas à quel point la Thaïlande, sur certains points, est à la traîne. Après plusieurs années de vie ici, je suis encore surpris.

Il y a peu, je racontais mes difficultés pour obtenir une carte précise des limites du parc naturel régional où il est interdit de pêcher. Entrer les coordonnées d'un lieu sur son GPS marine, et savoir ainsi si on est dans le périmètre où hors limites - quoi de plus simple ? Mais là, impossible de mettre la main sur une vraie carte.

Ici, toujours sur la plage, devant la maison, à l'extrême droite. Marée basse. La terre de la falaise est couleur betterave !

J'ai envoyé plusieurs mails à l'administration du parc pour avoir une information fiable - mails restés sans réponse. J'ai donc décidé de prendre le buffle par les cornes - vaste programme - et j'y suis allé.

Là, je ne vais pas tirer à la ligne. En bref, personne n'a de carte. Sinon la carte en ciment qui orne le mur extérieur du bâtiment administratif. Dessinée à quatre pieds d'éléphants près...avec la queue du quatrième !

Ici, devant la maison en regardant à gauche.

L'idée de parc est un concept : on protège les coraux et les nids d'hirondelles, point à la ligne. J'ai parlé d'écrire à l'administration centrale à Bangkok pour en savoir plus. On m'a poliment ri au nez.

Nous sommes tombés sur un type jeune qui semblait à l'écoute, et normalement outillé sous le toit. Il m'a dit avec beaucoup de gentillesse qu'il comprenait mon point de vue. C'est là où j'ai compris à quel degré ce point de vue était relatif. Il faut qu'un type intelligent fasse un effort d'imagination pour comprendre qu'une carte des limites du parc pourrait être utile.

Ici, devant extrême gauche. Oui, j'ai dû descendre un peu sur la plage - c'est fatigant.

Imagine un Macintosh sur lequel on a installé un émulateur de Windows. Si tu essayes d'échanger des données entre Mac et Windows, par un copier-coller par exemple, tu risques de rencontrer de gros problèmes. Sauf si les formats sont très simples, du texte ASCII par exemple. Échanger avec un thaï, c'est pareil. Il y a toutes les chances pour que le contenu soit altéré et irreconnaissable. Le problème fondamental, c'est qu'on n'a pas la même boîte à outil, on n'a pas les mêmes routines pour gérer l'info qui nous arrive.

A présent, je ne suis plus du tout certain qu'il existe une carte. Il faudrait des relevés pour la dresser. Est-ce que les civils disposent des outils permettant de faire des relevés en mer ? Pas certain. Ont-ils le personnel formé ? Pas gagné.

Là, c'était avant-hier, quand on a eu du vent. Mais à droite, la cabane, ce n'est pas là où l'on habite !

Alors des administratifs, peut-être en lien avec une ONG écolo américaine, auraient un jour décidé que tel chapelet d'îles serait protégé - sachant que cela ne gênerait ni le tourisme ni la pêche professionnelle. On aurait griffonné sur une carte (routière) les contours rectangulaires du parc. On aurait mis à la signature du ministre. Et vogue… Est-ce que c'est fou, cette hypothèse ?

Là, c'est au dessus. 6 heures du soir : le pauvre, il doit être dévoré par les moustiques...

L'hypothèse alterne étant qu'une carte a bien été dressée avec précision, mais qu'il existe un tel écart culturel et éducatif entre les sphères élevées de l'administration et les exécutants sur le terrain que ces derniers en ignorent l'existence. Autre hypothèse : rétention d'information, purement et simplement. Encore une autre hypothèse - plus neutre - il y a d'énormes problèmes techniques de circulation de l'information du haut vers le bas. Toujours aussi étonnant…

Au fait, tu te demandes peut-être pourquoi le titre, "Sans panty" ? Simplement parce que "carte" en thaï se prononce panty - traduction littérale : la projection de l'endroit. Je n'ai pas pu résister - désolé.

Là, c'est ce que j'aurai ce soir dans mon assiette - cuit, je te rassure. Quand je te dis qu'il ne faut pas venir en Thaïlande !

samedi 7 avril 2018

La Baule-sur-Buddha


Sweet Thailand...

En 1880, il n'existait pas de station balnéaire nommée La Baule. A l'endroit où allaient surgir des villas familiales et bourgeoises, puis cinquante ans plus tard, une ligne d'immeubles aussi hideux que disparates, il n'existait qu'une dune de sable en forme de croissant, de huit kilomètres de long. Sans même un chemin : à quoi bon accéder à la plage ?

A l'extrémité nord de la dune, une ria boueuse, un petit port de pêche très actif, découvrant à marée basse, un bourg resserré autour d'une église et deux boulangeries : le Pouliguen. C'est là que j'ai passé - bien plus tard - une bonne partie de mon enfance.

L'endroit où nous allons habiter ressemble étrangement au Pouliguen. On y retrouve le petit port de pêche d'où partent des bateaux pour des campagnes de quinze jours. La longue jetée, la petite île en face, les rochers, la côte sauvage un peu plus loin avec ses falaises, la "petite chapelle" (bouddhiste), tout y est. Sur le front de mer, autour de l'Hôtel Beau Rivage, les constructions vouées au tourisme sont encore clairsemées. Un peu plus loin, encerclée par la forêt tropicale, une plage de sable blanc, déserte, inaccessible à marée haute, où les amoureux peuvent forniquer - comme sur notre Grande Côte.

Le soir, le bourg grouille de monde. La population locale est bigarrée : outre les musulmans égarés du sud et de la frontière malaise, il y a beaucoup de birmans qu'on reconnaît à leur maquillage blanc. Leur pays n'est qu'à cinquante kilomètres, et ils sont là pour la pêche. Réguliers, irréguliers, je n'en sais rien. Mais ils font partie du décor, ils semblent parfaitement intégrés. En revanche, les farangs se font très rares.

Jeux d'eau à l'escale pour les marins birmans. Secs et musclés comme des boxeurs thaïs.

Sur le terre-plein construit en face du bâtiment sévère de l'amphoe - la mairie pour faire simple - les jeunes jouent au foot et au basket. Un peu plus loin, une aire de jeux pour enfants. Une ligne de baraquements où l'on prépare des fritures de crevettes, petits restaurants où on dîne pour un euro, commerces de mangues, de Fanta vert ou rouge. Douce animation villageoise, beaucoup d'enfants et d'ados - les garçons font pétarader leurs mobs, les filles sont fraîches et parées comme des bonbons.

Ici, on se gare où on veut, on circule dans tous les sens, en se laissant passer car la rue est trop étroite pour deux voitures. Il règne un joyeux bordel et personne ne se plaint. Un sens unique ? Mais pour quoi faire ?

Notre nouvelle maison est à trois kilomètres du centre ville, sur ce qui serait l'anse Sainte Anne de notre Pouliguen thaï. C'est une villa surélevée, construite sur piliers, avec la cuisine au rez-de-chaussée, en bar. Elle est orientée vers l'est, ce qui lui permet de bénéficier des vents dominants, rafraichissants, qui dispersent les moustiques. Je pense qu'elle te plaira - au fait, tu viens quand ?

La vue de notre plage Sainte Anne, juste devant la maison - moins le gris...

De la fenêtre on voit les palmiers, les îles. Juste derrière, une grande usine d'huile de palme qui a été fermée il y a quelques années : son propriétaire ne payait pas ses impôts. Décor Beaubourg qui nous isole et nous préserve du bruit. Un peu plus loin, une bicoque au bord du sable. Un thaï y habite avec sa femme et sa fillette, c'est le gardien de je ne sais quel terrain. Il a une barque et m'a déjà proposé de m'emmener chasser près des îles, dans des endroits interdits - ce dont je me garderai bien.

Devant la maison, deux grosses dames accroupies cherchent des coquillages. De minuscules palourdes dont elles vont faire des soupes. Nul doute que dans dix ou vingt ans, il n'y aura presque plus de palourdes adultes. Il faudra légiférer, si ce n'est pas trop tard. Pour l'instant, nous sommes au début du cycle - un cycle qui fera sans doute disparaître de la plage toutes les bouteilles de plastique, les filets arrachés et les débris de klégécel. Mais transformera ce paradis en enfer. Alors pour l'instant, jouissons !


La maison surélevée, bien exposée aux vents de secteur Est. Au second plan, la belle raffinerie d'huile de palme - fermée


jeudi 5 avril 2018

Le thaï qui regarde le doigt...


Pourquoi mettre des bouées de sauvetage au bord des routes ? Le pays coule ?

Je rencontre ici un problème qui me rend fou. L'incapacité d'un grand nombre de thaïs à généraliser, à envisager de manière globale (je n'ai même pas dit abstraite) les problèmes et les situations.

Un exemple vaudra mieux que de longs discours. J'aimerais bien tirer quelques poissons, histoire de faire un barbecue. Mais l'île en face de la maison fait partie d'un parc naturel, à ce qu'il paraît. Un chasseur malin essayera de connaître la zone que le parc recouvre le plus précisément possible pour chasser en zone autorisée, mais juste à la limite, là où les nombreux poissons du parc peuvent s'égarer. En effet, le fin zoologiste que tu es n'ignore pas que le poisson, du fait d'une absence de scolarisation, ne sait pas lire les panneaux qu'on a placés au fond de la mer : les panneaux ne sont là que pour les poulpes, bien plus intelligents.

Maintenant, va expliquer à un thaï que toi aussi, tu voudrais connaître les limites du parc naturel.

La première chose qu'il va te demander, c'est pourquoi. Les thaïs veulent toujours savoir. Ce n'est pas seulement de la curiosité : s'ils n'imaginent pas le contexte de la question, leur esprit est sidéré.

Tu pourrais répondre sérieusement que c'est pour ne pas être surpris lorsque tu verras un changement de couleur entre la zone protégée et la zone libre : on a sans doute peint la mer pour que les navigateurs puissent s'y retrouver (c'est comme ça sur les cartes). On te regarderait avec un bref moment de flottement, et puis on te dirait très sérieusement que non, la couleur n'a pas été changée. Problem solved.
 
Mais bon, je réponds, bien que ma réponse ne puisse en rien guider la leur : les limites du parc ne vont pas changer selon que le demandeur est un touriste, un curieux, un géographe, que sais-je encore.

J'explique donc que je veux connaître les limites du parc pour pêcher en zone autorisée. Il arrive ce que je craignais : ils prennent un air sagace et sentencieux et m'expliquent qu'il est interdit de chasser dans la zone protégée. Où est passée la question initiale ? Les limites ? Et pourtant ils me regardent, très satisfaits, l'air de penser qu'ils m'ont bien aidé !


Il m'arrive d'être têtu (voire tête de cochon) :
- Où se trouve la zone protégée ?
- Ici, c'est une zone protégée.
- Toute la Thaïlande ?
Là, ils sont un peu désarçonné. En aucun cas, ils ne comprennent l'ironie de la question. Et encore moins son aspect paradoxal, destiné à leur faire toucher du doigt que si on soustrait l'ensemble P (comme Parc Protégé) de l'ensemble T (comme Thaïlande) avec lequel il a d'ailleurs une intersection égale à l'ensemble P, il reste un ensemble complémentaire A (comme Autorisé) DONT JE SOUHAITERAIS ARDEMMENT CONNAITRE LES CONTOURS. Et la réponse tombe :
- Non. Pas toute la Thaïlande.
- Alors où n'est-ce pas protégé ?
L'interro-négation, là, c'est trop fort sur le plan logique. Ils jettent l'éponge :
- Ici, c'est interdit de chasser.
Circulez, y'a rien à voir. L'idée d'une limite ? Non. Trop abstrait dans le contexte. Je te jure que je n'exagère rien.

Mais j'ai un plan… Chez les flics, on sait forcément où se trouve le parc naturel - c'est une entité administrative proche dans laquelle ils sont sans doute appelés à intervenir. Ils ont au moins les coordonnées... téléphoniques, à défaut des coordonnées géographiques.

Et forcément, les gens qui travaillent dans le parc connaissent exactement ses limites. Les thaïs sont comme tout le monde, ils n'iront pas faire du zèle dans des endroits dont ils n'ont pas la charge...

Nous allons au commissariat le plus proche. Deux flics, charmants. Évidemment, dès que je pose ma question, je dois répondre à leurs questions.
- Pourquoi voulez-vous savoir où se trouve le parc naturel ?
Fon explique que c'est pour ne pas chasser dans ce parc. Ils prennent l'air alarmé :
- C'est interdit de chasser dans le parc.
- Où se trouve-t-il ?
- Ici (geste large, mais qui désigne quand même la direction de la mer, soit 180°). C'est interdit…
- Vous auriez l'adresse de leur administration ?
Non, ils ne l'auraient pas…

J'abrège. La question du début a été oubliée. Totalement. Il y a de longues discussions sur le fait d'aller chasser en bateau ou non. Hors sujet mais très thaï. On aborde aussi le problème d'une hypothétique différence entre les farangs et les thaïs, ces derniers ayant ou non des droits plus importants. Finalement, ils me conseillent un endroit - mais ils ne sont pas sûr qu'il y ait du poisson : il faut essayer, me disent-ils. Je ne leur fait évidemment aucune confiance (et crois-moi, j'ai de bonnes raisons).

La discussion a duré vingt bonnes minutes. En France, quand on peut vous aider, on n'a pas le temps. En Thaïlande, on ne peut pas vous aider... mais on a le temps. Ce monde est mal fait.

L'idée de mettre la main sur une carte, avec des limites écrites : hors culture. Tout est englué autour d'une seule idée abrutissante, un hurlement qui rend visqueux tout ce qui en approche : interdit ! Je ne suis pas loin de penser que pour un thaï moyen, la belle idée de connaissance se résume à savoir ce qui est permis et ce qui est interdit. Politiquement, c'est simple et efficace...

Tu me diras, il suffit de chercher les coordonnées du parc sur internet. J'ai déjà essayé. Tu ne vas pas me croire : je ne le trouve pas, mais je trouve son homonyme, de l'autre côté du golfe de Thaïlande, dans la région de Rayong. Je trouve aussi deux sites privés dont les intitulés pourraient parfaitement être ceux du site officiel. Et au bout de plusieurs jours de recherche, je finirai par tomber sur ce site, quasi vide et mal fait, qui porte le nom si facile à deviner et si simple à mémoriser de : www.doxnrpxldoeoodiqkekkkccmsjz.th
Heureusement, on y trouve une adresse mail (qui ne répond évidemment pas).

A l'école, on enseigne les valeurs nationalistes et religieuses. Mais le gouvernement aurait un plan sciences.

Qu'on me comprenne : je ne dis pas que le thaï moyen est plus bête que les autres. Je suis bien certain qu'à niveau culturel identique, implantés en France, les thaïs tirent honorablement leur épingle du jeu. Mais ici, ils ne reçoivent pas vraiment de formation intellectuelle. Et puis on oublie une chose. L'Europe et l'Amérique du Nord ont cinq siècles de pensée scientifique et de logique derrière elles. Ça marque forcément une culture. Qu'on ne vienne pas me dire : les chinois, la Mésopotamie, les arabes, les égyptiens, les indiens, on leur doit tout, les bases des maths et de l'astronomie et patati et patata. Cultures colossales... Avancées intellectuelles merveilleuses...

Parce que non. On leur doit des observations (dont ils n'ont pas tiré grand chose), du calcul élémentaire pour faciliter l'échange de cruches et de blé et de la géométrie pratique pour diviser des champs lors d'un héritage. Certainement pas de la pensée scientifique. Les grecs, je ne dis pas - ce bon vieil Euclide... Mais après eux, deux mille ans de vide total. Jusqu'autour des années 1500 en Europe.

Bref, les thaïs sont dans les choux pour ce qui est de la logique et de la raison. Mais ils sont tellement sympa !...

Oh, je t'entends venir, avec tes gros sabots ! Ils n'auraient pas la même logique. Trop facile ! Si tu veux dire qu'ils sont capable de survivre avec leur absence de logique, qu'ils vont faire des choses totalement improductive pour compenser cette absence, qu'ils ont d'autres circuits de réponse, d'accord. Mais de logique, il n'y en a qu'une seule. Celle qui permet de construire les téléphones portables qui occupent la moitié de leur vie. Celle qui sous-tend la conception des Toyota qui occupent l'autre moitié. Le principe de causalité. La généralisation par l'abstraction. La logique mathématique qu'on trouve dans la nature - objet de l'inépuisable étonnement d'Einstein. Alors ne vient pas m'emm... en me balançant ton ethnocentrique à deux balles...

Tout ça m'a bien agacé. Résultat, en reprenant la voiture, je recule. Manque de bol, il y a un thaï qui arrive à toute vitesse et me colle au cul. Et bang, je l'emboutis en marche arrière, en tort à 100%. Grrrr ! Il y a des fois où même la dynamique des solides n'aide pas !

Statues de moines dans un temple. Tu remarques ? J'ai vu rouge...


lundi 2 avril 2018

Faire ses longueurs dans un bassin de traitement des eaux usées...



Beurk ! Et pourtant, c'est possible, je l'ai fait. Même que c'est difficile d'y entrer… mais encore plus d'en sortir !
- D'en sortir ! Moi j'aurais le feu aux fesses pour quitter un endroit pareil…
- Hmm... le pétrus tout boutonneux ? Mais non : c'est plus difficile d'en sortir parce que le bord du bassin est très en pente. Mieux vaut attacher une corde à l'un des arbres qui longent la route, sinon impossible de remonter. On est comme une araignée dans une baignoire...
- Mais un bassin de traitement des eaux usées, quand même…?
 - Il ne faut pas croire…
- Et l'odeur ?
- Je n'ai rien remarqué…
- Et la consistance de l'eau ?
- Tu t'attends à quoi ? Des hot-dogs à l'étron au fil d'une eau grise et bulleuse ? Non, l'eau est opaque mais parfaitement fluide, les particules qui y flottent sont fines…
- Elles ont été broyées !
- Mais non je te dis !…

Petit retour en arrière. Je cherche sur Google Map un plan d'eau douce qui pourrait me servir de piscine. Je trouve quelques images charmantes d'un bel étang, coin nature avec un vieux pont de bois qui enjambe une île à vingt-cinq kilomètres de chez nous. C'est un peu loin, mais nous y allons - et nous nous perdons. Nous tombons sur un plan d'eau minable, avec des aires de pique-nique en carrelage - maison de maçon portugais. Au milieu de l'eau, une statue niaise, hideuse de dix mètres de haut - l'enfant caché de Mickey et Pluto. Pourtant, l'endroit n'a rien d'un parc d'attractions. Et il est totalement désert. En tout cas, il n'y a pas de petit pont : il faut encore chercher.

A force de tourner dans la zone, nous atteignons notre but. Déception ! Nuages de poussière et moteurs fumants ! Une vingtaine d'ouvriers en action. Réfection et extension de l'aire. Water-closet pharaoniques, délire cimentique et pagaille parpinesque. Tout cela doit coûter bonbon…

Pourtant, aucun touriste dans les environs, aucun promeneur. Les villes voisines sont à dix kilomètres. Pour trouver cet endroit, il faut vraiment le chercher…

Fon sort de sa réserve et s'emporte (à mi-voix...)
- C'est ça qu'on fait de nos impôts ? Près du lac où tu fais de la planche, tu te rappelles le bâtiment construit pour les touristes ? Le toit défoncé avec l'eau qui coule au milieu, l'herbe qui pousse et soulève les dalles. Pas d'argent pour entretenir… et de toute manière, aucun visiteur.

Je l'ai rarement vue si remontée. Mais elle a raison. Cette folie d'aménagements est étonnante. Des esprits malveillants soupçonneraient des ententes, des pots-de-vin. Ce qu'à Dieu ne plaise !

Dépité, je suis revenu éplucher Google Map. Je me suis rabattu sur un rectangle avec une couleur verte assez appétissant en satellite view. Dimensions plus modestes. Mais moins loin.


Nous partons en exploration. Chemin compliqué. Un vieil homme est allongé sur un hamac dans une cocoteraie. Fon lui demande la route :
- Ah oui, vous voulez aller à l'endroit pour le traitement des eaux usées ! Mais ce n'est pas terminé…

Je reconnais, les eaux usées, ça refroidit. Mais j'ai bien regardé, il n'y a aucune installation d'épuration. Aucune arrivée d'eau suspecte. Aucune odeur. Alors j'ai fait mes longueurs, et c'était bien agréable.

- Et la première photo, avec le poisson mort ?
- Prise en Chine...

En revenant, nous nous sommes (encore) perdus et nous avons demandé notre chemin.
- Ah bon ! Vous venez du bassin de traitement des eaux usées, a dit la dame. Ça fait dix ans que le projet a été suspendu faute de fonds. Il n'y a que de l'eau de pluie…

J'avoue : parfois l'impécuniosité des thaïs m'enchante.

Tu veux mon avis ? Pour le crawl, ces nouvelles piscines rondes, c'est complètement con.



samedi 31 mars 2018

Sur la route du sud


Si tu ne passes pas devant les éléphants, jamais tu n'arriveras à la mer...

Nous voilà partis vers le sud, à la recherche d'une hypothétique location dans la région de Chumphon.

Nous touchons la côte vers Ban Krut. Grandes plages de sable au nord et au sud de la petite pointe qui en rompt la monotonie. Pas vraiment le charme des criques bretonnes que j'affectionne. Des zones où habitent beaucoup de farangs, et une atmosphère sinistre, trop loin de la civilisation : la plage, la plage et la plage - stakhanovisme stupide du tourisme..

Le premier soir, nous avons la surprise de recroiser notre trace d'il y a trois ans : en débouchant sur une petite route, Mai s'exclame : " là, je reconnais la route - l'hôtel et les chiens !"

Oui, les chiens, une meute d'une vingtaine de klebs furieux que j'ai dérangés à l'aube en faisant mon jogging. Ils ont couru derrière moi en grondant et en aboyant. J'ai dû remonter sur la route en catastrophe - où ils m'ont un peu suivi. Il a fallu les tenir en respect - à moins de deux mètres - avec une branche de palmier ramassée dans l'urgence, maigre moyen de défense que je pointais vers leurs crocs sortis et leurs gueules bavantes. Mauvais souvenir.

Haadsomboon. L'envie d'une île ?
Nous avons foncé vers l'hôtel - caractéristique par son style européen années cinquante - où nous nous sommes installés. L'endroit s'appelle Haadsomboon. Si on longe la route côtière vers l'est, on arrive à une petite mangrove, un pont charmant et un genre de presqu'île dont on ne peut faire le tour - et c'est tant mieux.

Au milieu de nulle part...
En passant par les routes intérieures, on arrive à un terminal portuaire au milieu de nulle part. Juste à côté, cachés derrière une avancée rocheuse, une petite crique et un temple qui ont sans doute été délicieux avant d'être couverts de baraques et parpaings par le tourisme. Les environs gardent encore du charme - avec cette jolie vue de l'isthme de sable qui permet de gagner un îlet à marée basse.

Gôa thaï. Non, "Gôa" est un emprunt au français !
Nous sondons le marché immobilier. On nous propose des chambres de petite taille, de quoi passer huit jours de vacances tassés les uns sur les autres, certainement pas d'habiter au long cours. Ou bien des maisons dans un état terrifiant, nécessitant des travaux d'isolation considérables pour qu'on puisse y installer l'air conditionné.

Nous repartons le surlendemain. La frontière entre la province de Prachuap Khiri Khan ("ketchup qui ricane" - désolé, je ne peux pas m'en empêcher) et celle de Chumphon est marquée par un bourgeonnement de la côte en forme de bolet : forte élévation couverte de végétaux, qui domine la mer de ses flancs abrupts. Une route côtière permet d'aborder le sud du champignon. La crique abrite quelques bateaux, c'est joli - et le curry de crabe est bon.

Mes passagères gourmandes devant le "bolet"

Suit encore une grande baie de sable sans grand intérêt. Puis un complexe d'îles formant un cul-de-sac avec la côte. Au fond, un village de pêcheurs peut-être nommé Koh Tiap. Il est construit avec des parpaings bruts. Un désordre incroyable déborde des maisons - on pense à une déchetterie tant tout semble oxydé, vieux, délabré. Ruelles étroites qui me rappellent Camaret. Ni hostilité ni curiosité apparente chez les habitants. Vertige en pensant qu'ils vivent comme leurs parents il y a deux cents ans, mis à part les moyens de locomotion et les gadgets de la modernité. Petite communauté humaine qui vit de la mer, se reproduit localement et n'essaime sans doute pas beaucoup.

Le pêcheur n'est pas en train de téléphoner avec un portable. Il se gratte tout simplement l'oreille. Ça arrive au XXI° siècle.
L'endroit est très joli. Sur la route, des points de vue élevés et des temples avec un énorme Buddha au beau visage, assis sur un tapis de lotus. Mais aussi une représentation à taille humaine de l'enfer, avec des monstres qui torturent ceux qui n'ont pas suivi les préceptes de Buddha - décapitations, femmes tranchées en deux, visages terrifiés. Je ne l'ai qu'entrevu, et d'un peu loin, mais je n'ai vraiment pas eu envie de visiter.

Un endroit d'une beauté paradisiaque où certains fidèles ont senti le besoin de décrire l'enfer : tordu, non ?

La route vers le sud quitte la côte et la rejoint plus bas, sur une baie comme je les aime, à marée basse, sable au nu. Plus loin, la mer a changé de couleur, elle est plus claire, plus bleue - et ce n'est pas seulement la lumière, les fonds sont moins profonds. Nous nous promenons sur la pointe (Laem Thaen), avec une vue surélevée des grosses pierres qui jonchent le fond : fini les rochers propices aux embuscades de la chasse sous-marine.

Un peu plus bas se trouve la station météo qui couvre la région pour surfers et véliplanchistes (Thungwualaen beach). Petite concentration d'hôtels et de structures touristiques sans intérêt.

Nous n'avons pas exploré la pointe suivante, la dernière avant notre destination. Coupant à travers les terres, nous sommes passés par l'est de la ville de Chumphon et nous avons retrouvé notre ancien hôtel qui était complet. Un kilomètre plus loin, juste en face d'une anse de pêcheurs, nous avons pris une chambre les pieds dans l'eau.

De la fenêtre. Et tant pis pour ceux qui n'aiment pas les cartes postales !

Bonne nuit !

samedi 24 mars 2018

Est-ce que vous pourriez mourir un peu moins... si ça ne vous dérange pas trop ?


Modeste crématorium de campagne. J'ai demandé à y partir en fumée si je suis alors en Thaïlande. Sans flonflons.

Quand un thaï meurt, il y a entre deux et quatre jours de deuil - cérémonies qui se déroulent pour l'essentiel à la maison, et un peu au temple : c'est là que ça se termine - dans la petite locomotive.

A la maison, on fait venir les moines qui disent des prières. On invite le voisinage qui participe en argent ou en nature à la fête. La mère de Fon, qui est pauvre, apporte du riz. Hommes et femmes mettent la main à la pâte. Sympathique convivialité villageoise - autour d'une seule bière, mais parfois pas mal d'alcool de riz. Ça va faire des petits sur la route, en rentrant...

Les moines psalmodient un texte en thaï ancien, un genre de latin local écrit en caractères bizarres que les moines ont appris à lire, mais dont tous ne comprennent pas le sens. Ils commencent vers cinq heures et demie du matin. Monocorde et bitonal, do et ré. Et pour le rythme, deux croches chaque fois qu'un do-ré sort. Pas folichon… Écrit, ça te donne :

do, do, do, do-ré-do, do, do, do, do, do-ré-do, do, do, do, do, do-ré-do, do, do, do, do, do-ré-do, do, do, do, do, do-ré-do, do, do, do, do, do-ré-do, do, do, do, do, do-ré-do, do, do, do, do, do-ré-do, do.

Tu dors ? Bon, j'arrête, mais ça dure des heures.

Sinon, il y a des cd (des cédés pour décédés, si, si !) La musique est sommaire, mais pas hideuse. Des sonnailles, un xylophone, un nasillard et une percussion. Pas toujours de ligne mélodique - parfois tous les instruments jouent n'importe quoi en même temps : cool boxon sonore.

Je ne sais pas s'ils le font exprès, mais leurs instruments ne sont pas "justes". Je veux dire qu'ils ne suivent pas la gamme que nous connaissons, avec les notes tempérées par Jean-Sébastien. Je reconnais, c'était un peu naïf d'espérer...

Ce n'est pas qu'il "manque des notes" : ils utilisent la gamme pentatonique chinoise - normal qu'on n'en trouve que cinq. Non, le problème, c'est que c'est faux. Parfois, ça ressemble à ma classe de quatrième, quand notre prof de musique, monsieur Lenoir, nous faisait chanter tous ensemble : on sortait de là les oreilles en sang.

Bon, une fois de temps en temps, pourquoi pas : il faut bien que tout le monde meure. Mais là, il y a de l'abus. Il y a une semaine, Fon me prévient : deux morts dans le voisinage. J'ai tout de suite pensé : ça fait deux d'un coup, juste au même moment - c'est économique. J'allais les avoir en stéréo, mais je serais débarrassé.

Pas du tout ! Pour que tout le monde en profite, ils ont décalé. Résultat, une semaine de nasillard. J'ai des inquiétudes pour le deuxième mort : il fait chaud, ça doit se décomposer assez vite. D'un autre côté, les bâtiments de fermes sont troués de partout, l'odeur ne doit pas rester. Et puis les thaïs sont petits : à la limite, en enlevant toutes les étagères d'un frigo, ça devrait être possible de les garder au frais. Peut-être pour ça qu'ils ont enterré la vieille en dernier, elle devait déjà être recroquevillée et desséchée.

Au fait, je manque à tous mes devoirs, il faut quand même que je te les présente ! D'après Fon, le premier mort est une vieille femme de 89 ans - une tante de cousine à la mode de Bretagne (même ici, on a des cousins à la mode de Bretagne : incroyable, notre rayonnement culturel). Elle, je dis rien : elle a essayé de tenir le coup avant d'enclencher les clochettes. Mais l'autre, il exagère : un type à peine la quarantaine. Buveur invétéré, fumeur impénitent, gros mangeur : lui, il y a mis du cœur - remarque, pour un mec qui est parti d'un infarctus...

De toute manière, je ne risque pas d'être incommodé par les odeurs. Je ferme toutes les fenêtres. Alors on vit sous cloche, on crève de chaud et on met la clim. Mais on entend quand même les moines. Le soir, les crincrins me mettent à cran...

En revenant de Korat, Mai m'annonce qu'il y a eu un grave accident sur la route du lac : camion contre auto. Résultat, un mort - encore un voisin. Lui aussi, la quarantaine. Dans cette famille, on varie les plaisirs, mais on a une ligne : il y a deux ans, le frère aîné s'est tué sur la grande route de Kon Khaen - à moto. Murgé au dernier degré, à ce qu'on dit. Mauvaise rencontre avec une voiture. Je me demande s'il a encore d'autres frères - je vais demander à Fon de se renseigner. S'il y en a plus de six, on déménage.

Le nouveau, il habite - habitait - de l'autre côté du pâté de maison. Ne t'inquiète pas, je l'entendrai aussi bien que les premiers. Ils mettent la musique à gueuler - ils louent des enceintes de boites de nuit...

Une petite odeur...?


mardi 13 mars 2018

A mourir de rire…


Et qui va encore nettoyer les tâches de foutre sur le matelas !

Un copain a attiré mon attention sur un site très sérieux mais assez étrange, nommé farang-deaths.com. Son objectif est de recenser tous les décès de personnes étrangères sur le sol thaï.

Le rédacteur du site a manifestement conscience des limites de son recueil, borné aux journaux de langue thaïe, anglaise et allemande. Ce pourquoi il invite les visiteurs à ne pas hésiter à lui signaler toute mort dont il aurait personnellement connaissance.

Pour ne pas encourager la profession de tueur à gages, il précise qu'il ne donne aucune récompense aux rapporteurs bénévoles. Trop facile, sinon !

Je m'interroge un peu sur la personnalité du type qui fait ça. Ça n'apporte pas une vraie information statistique, et surtout, c'est quand même un peu tordu, non ?

Heureusement, le site est hilarant. Je te donne deux extraits.

Le premier est vraiment mignon - retiens le mot, tu comprendras plus tard. Un italien de 71 ans qui fait monter chez lui "a sex worker" de 22 ans. Au départ, on ne sait pas quel est le sexe du sex worker.

"A 71-year-old Italian retiree collapsed and died while he was having sexual intercourse with a 22-years-old sex worker at his house in Chon Buri province.

According to Ey, a shy 22-year-old with a tattoo on his neck, Mr Pivetti had asked him to come to his house earlier in the day. “I went there and we had sex,” said Mr Ey

“At some point, we stopped, and he started to masturbate. Maybe he didn’t like it. Then, suddenly, he collapsed and fell to the ground. I was so shocked.” said Mr Ey"

"Il a commencé à se masturber, et peut-être qu'il n'a pas aimé…" avance Monsieur Ey, le sex-worker. On comprend que l'italien, faisant honneur à la réputation de sa nation, est un amateur de sexe sans concession. S'il y a quelque chose qu'il n'aime pas : plutôt crever !

Chemise sur le louveteau, le sex-worker est décrit comme "shy"… Quand je te disais que c'était mignon !

Le deuxième article parle d'un américain qui est mort électrocuté en s'appuyant à un bête poteau, sur un débarcadère, après une promenade aux îles :

"...Mr Bessonov stood under a marquee tent before leaning against a metal pole.

Déjà, en lisant son nom, tu comprends que Pattaya n'est pas près de s'en sortir, si même les américains portent des noms russes. Mais attends la suite :

To everyone’s shock, Mr Bessonov was suddenly electrocuted when the skin of his arm touched the metal. Police believed the fatal accident had been caused by loose wiring coming from a power generator nearby.
Donc tout le monde est choqué, mais c'est lui qui meurt : trop injuste !

“It’s sad,” eyewitness Mr Tanawat said. “One minute ago, he was alive and enjoyed his holiday – and now he is gone."

Ça me rappelle le prince de Soubise dont un sage a dit : un quart d'heure avant sa mort, il était encore en vie".

Bon, si je meurs de rire en lisant la suite, tu penseras à me signaler au responsable du site ? Autant que les autres en profitent !

Cool le drap pour emballer les cadavres en entortillant les deux bouts, comme des bonbons !
Tiens justement, à propos de bonbons, l'italien...