lundi 15 janvier 2018

Les rêveries du promeneur solitaire


Home, sweet home ?

Aujourd'hui, Fon va rendre visite à sa tante malade avec sa mère. C'est à une dizaine de kilomètres et il faut prendre la voiture. J'irais bien car je n'y suis jamais allé. Je demande à Fon combien de temps durera la visite. Plus de trois heures, répond-elle. Flûte, je n'ai pas envie de faire le pied de grue pendant aussi longtemps, mais je voudrais bien prendre l'air. Qu'à cela ne tienne, je rentrerai en marchant, cela me fera du bien.

Aussitôt dit, nous voilà partis.  Nous empruntons la grande route de Bangkok à Khon Kaen, la mittrapap ou route de l'amitié qui se transforme en un long cimetière pendant les fêtes. Puis nous nous perdons dans des petites routes de campagne.

Nous arrivons chez la tante qui a soixante-cinq ans, et l'air d'en avoir dix de plus. Elle souffre d'une polyarthrite très invalidante, et maintenant, elle garde le lit, c'est tout juste si elle peut s'asseoir.

La maison, une cabane ouverte que protègent des toiles en plastique, est d'une pauvreté atterrante. Le plus choquant pour nos sensibilités, c'est l'absence d'ordre dans la cour. Je pense aux tanières d'animaux autour desquelles on trouve des ossements, et tous les restes de ce qu'ils ont rapporté. Ici, c'est la même chose - je sais, ce n'est pas très novlangue de le dire aussi crument.


Signe extérieur de pauvreté : le "rez-de-chaussée" n'a pas été clos de parpaings

Il faut se rappeler qu'en Thaïlande, il n'y a pas de service de voirie - au sens ville propre. On n'a jamais vu de camion poubelle - sauf peut-être dans une série américaine. Donc tout ce qu'on rapportera dans une maison au cours d'une vie de cinquante ans finira à quelques mètres de l'entrée. Ce qui est ainsi externalisé peut d'ailleurs resservir, bouts de métal, morceaux de caoutchouc, etc. On pourrait organiser, ranger. Mais non. La maison de la tante est une  jaille, comme on dit dans ma Bretagne - à la fois capharnaüm et déchetterie. Beau, pas beau : ils s'en foutent.

Après avoir fait toutes les salutations d'usage, je m'en vais. En Thaïlande, aucune étiquette ne te contraint à avoir l'air intéressé et faire de la présence. Le mari me propose gentiment de me raccompagner en voiture, mais je dis "tchop deun", j'aime marcher, merci (ce qui est considéré comme une bizarrerie typiquement farang), et je me retrouve seul sur la route, avec un sentiment de liberté qui me rend si cher ce pays.

La campagne n'est pas très jolie. L'herbe est jaune car nous avons abordé la saison sèche. Il y a un voile gris dans le ciel. Je passe près de maisons anciennes mais transformées, avec un carré de parpaings entre les poteaux qui portent la partie haute, bois et tôle ondulée. Les gens me regardent avec curiosité et me lancent des bonjours. Ils ont le sourire en me voyant.

...mais pour la photo de groupe avec vélo : que dalle !

Il ne faudrait surtout pas en conclure que le thaï est bon - comme l'homme sauvage qui n'a pas été perverti par la civilisation, alors que l'homme occidental est gâté par la société de consommation.

Je ne sais pas pourquoi les thaïs sont aimables avec les farangs, mais je peux imaginer plusieurs explications. D'abord, une forme de reconnaissance pour un monde qui produit les Mercédès et la technologie en général. Ensuite, la curiosité - car des farangs qui marchent sur cette route, il ne doit pas y en avoir des masses. Enfin les thaïs connaissent tous une fille qui a épousé un farang et qui vit maintenant dans la banlieue d'Hanovre, ou à cinq cent mètre d'ici, sur un bout de terre que le mari a forcément acheté au nom de sa femme (c'est la loi), et sur lequel il a construit une maison en dur qui ne déparerait pas à Villeneuve St George, mais qui inspire ici le respect, avec ses murs en limite de propriété et ses installations sanitaires qui vont au-delà du baril d'eau de pluie et de la cuvette en plastique. Le farang, avec sa monnaie forte, peut donc être une aubaine, ce qui lui donne immédiatement l'air gentil.

Non, le thaï n'est sans doute pas meilleur que l'européen moyen, mais le contact avec lui, pour ces diverses raisons, est infiniment plus agréable.

D'autant qu'on ne lui a pas mis dans la tête ces questions de droit à l'image, ce qui me permet de prendre une ou deux photos sympathiques.

- Heaume, sweet heaume...?      - Et mon droit à l'image, bordel !

Je passe près d'un temple (il aurait fallu tracer un chemin d'une extraordinaire complexité pour ne pas en rencontrer). Je photographie les acolytes qui gardent l'entrée - ils ont tous la même tête, mais je ne me lasse pas.

Les incinérateurs ressemblent à des locos à vapeur. Ils se ressemblent tous - mais j'en ai une dizaine de photos.

Plus loin, un étang assez joli, avec un escalier. C'est fou le nombre de pièces d'eau qu'il y a dans ma région - retenues à visées agricoles ou sources de l'eau courante pour les maisons après un filtrage sommaire. Je vais revenir me baigner ici - dans la retenue où je nage d'ordinaire, les algues se multiplient à la vitesse des grains de riz sur l'échiquier.

Je redoutais de me perdre, sans GPS, et de marcher vingt kilomètres. Mais assez vite, j'ai entendu le ronflement des moteurs sur la mittrapap. La partie la moins agréable de la promenade…


Et bientôt, Don Chompu, la haute terre rose, notre village. Promenade agréable, certes, mais qui ne me laissera pas un souvenir impérissable, sauf si le plan d'eau se révèle une trouvaille.




jeudi 4 janvier 2018

D'une idée que j'avais et qui se révèle fausse du fait de mon manque de rigueur


Garçon ! Une salade d'écrevisses à la papaye verte avec un grand verre de lait ! - excuse-moi... mais si tu avais vu comment Stéphanie s'est fait moucher par Emma devant Maxence ! Je savais plus où me mettre. D'un autre côté, faut dire qu'elle...

Nam a largement dépassé deux ans. Elle parle avec nous, elle parle toute seule, elle parle avec tout le monde - elle parle plus que son grand-père et sa grand-mère réunis - qui ne sont pas de grands bavards. Et que parle-t-elle ? Essentiellement le thaï.

Je lui adresse la parole en français. Mais à la maison, on échange en thaï (même si je me flatte beaucoup en disant que je parle thaï). Et puis il y a les grands-parents, dans la ferme juste à côté. Et la tante, ses enfants et petits enfants qui habitent la ferme voisine. Le français est minoritaire. Mais il n'est pas inexistant. Et Aude dit des trucs en français.

Le problème, c'est qu'elle les dit avec l'accent thaï !

Il se trouve que j'aime les langues et je m'y m'intéresse. J'ai lu plusieurs fois que les enfants "n'apprennent pas" à prononcer les sons. Ils ont dès le départ la possibilité de prononcer tout phonème appartenant à une langue humaine. Mais ils perdent cette faculté en apprenant leur langue maternelle, réduisant le champ de leurs possibilités phonatoires aux besoins de cette langue.

Un enfant qui entend les sonorités de deux langues différentes au moment même où il apprend à parler, on pourrait s'attendre à ce qu'il conserve la faculté d'émettre les phonèmes de ces deux langues, non ?

Mais ce n'est pas du tout ce que j'observe !

Nam rencontre en français toutes les difficultés que rencontre Fon. En particulier, cette étrange difficulté à articuler des consonnes terminales, surtout quand il y en a deux.

Exemple de dialogue avec Fon :
(moi :) S'il te plait, répète : disk.
(Fon :) dis.
(moi :) diskkkk !
(Fon :) dis.
(moi :) diskeuf.
(Fon :)  diskeuf.
L'homophonie est parfaite. Il faudrait une machine pour entendre qu'elle dit en fait "dis" suivi d'un arrêt complet infinitésimal, puis "keuf".
(moi :) diskkkk !
(Fon :) dis !... C'est quoi, diskeuf...?

Comme tu peux le constater, on ne s'ennuie pas à la maison.

De manière générale, la rencontre de deux consonnes est un cauchemar pour les thaïs. "Fence" (palissade en anglais) devient "fen" dans leur bouche. Il faut dire qu'ils ne font jamais de liaisons, tous leurs mots sont séparés : la dernière consonne d'un mot a donc moins de chance d'être sonorisée.

Pareil au milieu d'un mot : impossible de prononcer deux consonnes consécutives, et "float" (flotter) devient "fio". Va comprendre quand on te dit : "bo fio" (le bateau flotte... si, je te jure, c'est de l'anglais, mais de l'anglais thaï). Pourtant, ils prononcent ngou - le serpent - sans aucune difficulté, mais ng doit être considéré comme une seule consonne.

M'en fous, demain, je demande à Fon de répéter Dniepropetrovsk !

Bref, Nam rencontre les mêmes difficultés que Fon.

Elle utilise même en français les substitutions de consonnes terminales qui existent normalement dans la langue écrite et parlée thaïe. J'ai déjà raconté comme je riais avec Fon de son incapacité à dire "noodle" (prononcé "nouden"), ou "hotel" (prononcé "hoten").

J'ai cru halluciner quand j'ai entendu Nam faire les mêmes erreurs. Et pourtant, Fon ne dit plus nouden ni hoten depuis longtemps !

Et quand Nam récite (comme elle peut !) l'alphabet français, elle ne dit pas "u", notre bel "u" national, elle dit "ow..." Horreur ! Nam ne serait pas ma fille, mais celle d'un bloody godon ! Non ! Je n'y crois pas...

Ce qui voudrait dire qu'on m'a menti ! On se trompe sur toute la ligne ! L'enfant n'aurait pas dès le départ la possibilité de prononcer tous les sons. Et on a répété cette connerie pendant des dizaines d'années ! Si tu cherches sur le net, tu verras qu'on la répète encore aujourd'hui.

En fait, il faut être précis quand on dit qu'un enfant a dès le départ la possibilité de prononcer n'importe quel phonème. Oui, l'enfant a cette virtualité, mais la faculté n'existe pas d'emblée, elle doit être éduquée. Le câblage est là. Il faut ensuite faire les branchements.

Le contraire aurait été étonnant. Qu'un enfant puisse d'emblée avoir le contrôle de son pharynx, des muscles de sa langue, de ses lèvres, de son épiglotte, c'était stupide de l'imaginer une seule seconde. Mais il ne part pas de zéro - au contraire du singe.

Alors Nam n'a éliminé aucun branchement, elle a tous ses câblages. Mais elle n'a pas encore exercé suffisamment son système neuro-phonatoire en français pour pouvoir terminer avec panache des mots comme ballast, antitrust, glasnost ou éthylotest. Elle est encore... entre le zist et le zest !

Dans trois mois, elle entrera dans une école francophone, là où ces mots sont, comme tu sais, prononcés des dizaines de fois par jour. Et alors, elle s'y mettra.

Reste quand même la ténébreuse affaire des nouden et des hoten… La langue thaïe applique ses règles en débordant sur l'autre langue ? Étrange !

L'enquête continue…

Tou t'es voue quand t'as boue, espèce d'hourlouberlou !

dimanche 31 décembre 2017

Une mauvaise affaire…



Le gobelet assorti aux oreilles du chapeau : faubourg St Honoré, on n'aurait pas fait mieux.

Aujourd'hui, jolie brise à Lam Chamuak : excellente session de planche à voile. Je me suis donné à fond, maintenant, mes bras trainent par terre comme ceux d'un orang-outan. En plus, j'ai une soif de damné, et dans la voiture, il n'y a que de l'eau chaude, à la mode thaïe.

Sur la route du retour, nous avisons un genre de marché, ou de fête : quelqu'un fait la circulation, il y a beaucoup de monde, on voit des tentes de marchands. Normal, aujourd'hui, c'est dimanche 31 décembre. Pourquoi ne pas s'arrêter (et trouver une boisson froide) ?

Nous trouvons une place pour nous garer sans trop de difficulté : une voiture s'en va et nous permet d'entrevoir un parc agréable (et juste devant, un mignon petit dépôt d'ordures).

Bienvenue à la fête !

Nous faisons quelques pas, et Fon attire mon attention sur des théières en porcelaine comme j'en ai longtemps cherché avant de renoncer. La théière en porcelaine est un must pour l'amateur de thé car elle est neutre au goût. Celles-ci ont la forme des théières en métal argenté autrefois fabriquées à Sheffield : cool !

Voici ce que nous emportons pour deux cents bahts (cinq euros) : un cadeau ! On croirait du Villeroy et Boch...

En m'éloignant, je me dis que j'ai bien fait de m'arrêter. Lourde erreur…

Tout près, il y a un temple. Dans son enceinte, un type qui vocifère dans un micro branché. Je ne comprends rien de ce qu'il dit, mais Fon va droit sur lui comme un zombie.

Pendant toute l'heure où j'étais là, le type ne s'est pas arrêté une fois. Les panneaux, traduction sommaire : du fric !
OMG ! En m'approchant, je constate que ce que je prenais pour des guirlandes festives, ce sont en fait des chaînes de billets de banque, certaines de plusieurs mètres.

Des billets de 20 et 100 baht : une fortune pour un thaï. La "liane" monte jusqu'en haut du temple grâce à des poulies.
De l'argent, il y en a partout. Il y a les guirlandes de billets, il y a aussi une myriade de petits présentoirs dans lesquels ont peut planter un bâton (inclus dans un kit de piété vendu à l'entrée du temple : il faut payer pour pouvoir donner). Et dans la seconde enceinte du temple, il y a un circuit de "tham boon" où on se recueille (et donne de l'argent) à chaque station.


Le tham boon, faire du mérite, consiste (entre autres) à donner de l'argent pour obtenir un bon karma : comme un compte en banque, plus il est rempli, mieux c'est (et plus ton banquier est content).  Ça fait penser aux "indulgences", rejetées par les luthériens mais toujours reconnues par l'église catholique.

N'étant pas thaï, j'ignore ce que ressente les thaïs (souvent pauvres) devant cette orgie d'argent. En tant qu'occidental, je suis vaguement écœuré (et j'ai l'impression d'un ratissage systématique). Je faisais une remarque parallèle en Russie où les églises orthodoxes reconstruites, souvent magnifiques, contrastent avec la pauvreté de moujiks. On me répondait que ces moujiks, à défaut d'avoir une belle maison, avaient au moins un beau lieu de culte. Pas totalement convainquant.

Fon décide de faire le circuit : le bénéfice sur les théières va sans doute passer en tham boon et ça m'agace. D'autant qu'il n'y a de Fanta vert glacé nulle part. Je fais le pied de grue, je m'ennuie, je regarde les gens, une foule sympathique et joyeuse. Manifestement le fond de l'Isan est de sortie, des gens qui n'ont jamais dû entrer dans un cabinet de dentiste de leur vie.


Une thom avec une bonne tête et son amie se font un selfie : je les photographie et elles me sourient. Peut-être tu ne sais pas ce que c'est, une thom ? Une lesbienne thaïe qui adopte un look masculin normé, et d'ailleurs plutôt seyant. Les thom sont parfaitement intégrées ici. Même en pleine cambrousse.

 Coupe courte au rasoir, raie, pattes longues et un peu de gel. J'aime, car ça ne fait pas hommasse, ça fait homme

Fon sort enfin. Je l'arrache à ces lieux de perdition. Sur la gauche, une loterie à l'ancienne, avec des barbies et des peluches vraiment pas terribles : pourvu que Nam ne voie rien. Je presse le pas...

Le lien entre le ticket et le lot est-il parfaitement déterminé ? Il y a quelque chose de bon enfant - et de terrifiant dans la confiance des thaïs dans leur karma.

Ouf, nous voilà repartis. Dans la voiture, Fon examine une théière et me montre le fond : c'est écrit Villeroy et Boch. "Ce sont sans doute des copies", me dit-elle.

Flûte ! Je ne pourrai même pas en rapporter une en France !




lundi 25 décembre 2017

Au Pala... Hotel


Le coin relaxation. Les bouteilles vides apportent une note fantaisiste. Compense-t-elle la dimension ascétique du hamac ?

Tant qu'à faire d'aller à Bangkok pour le visa, Fon m'a suggéré d'aller plus au sud, vers Rayong, afin de retrouver une amie qu'elle n'a pas revue depuis des années. Nous quittons Sukkhumvit - et deux heures plus tard, nous roulons au pas dans l'amper, en quête d'un hôtel.

Autant profiter de la mer. Nous nous retrouvons le long d'une plage : petite marche qui se termine dans un restaurant où on peut se rafraîchir. Je demande un Fanta si khiao  - Fanta vert dont je n'ai jamais été capable d'identifier le goût, mais que j'aime bien : je ne suis pas bégueule sur le chimique.

Nous remontons une avenue. A cinquante mètres de la mer, nous avisons un endroit plutôt engageant. C'est le Pala Hotel, dont les murs blancs sont surmontés de petits drapeaux thaïs. Pala... Hotel : tout un programme !... Pour un prix encore raisonnable, nous prenons une chambre. J'y trouve une banquette et une petite table parfaite pour un ordinateur. Mais en ouvrant la salle de bain : un nuage de Stukas de la dernière guerre. Pas surprise, la tenancière dégaine sa DCA et pschii, pschii, elle fait un carnage. Maintenant, nous marchons sur un tapis de moustiques géants morts : ça craque un peu mais c'est doux aux pieds... Elle est vraiment sympathique, cette patronne, et Nam a un bon contact avec elle. Nous payons, et en route pour la plage.

Comme souvent en Thaïlande, il n'y a pas vraiment de plage… On a bétonné tout près de la mer. Et les marées (comme je l'ai expliqué dans un précédent post) durent douze heures ici et non six : quand la mer est haute, elle le reste. L'eau n'est pas très propre, la bande de sable restante est jonchée de détritus : excellent, c'est le signe que nous sommes dans la vraie Thaïlande ! D'ailleurs, on voit au loin des constructions qui font penser à une usine de produits chimiques - à moins que ce ne soit une station d'épuration. On ne saurait être plus couleur locale !

L'amie rejoint Fon, et tout le monde est content.

Le soir, d'autres signes nous montrent que nous sommes vraiment dans un endroit typique. Le matelas est en alliage massif de chêne-zirconium, moitié amical pour les vertèbres. Et la douche offre deux possibilités : un ébouillantage immédiat ou une douche froide, autrefois considérée comme excellente pour les troubles mentaux. J'avoue que je ne sais quoi choisir, les deux me tentent diablement. A y réfléchir, l'ébouillantage immédiat va mieux au teint du homard qu'au mien. Quant aux troubles mentaux, justement, je suis guéri (depuis hier). Alors, je fais l'âne de Buridan et je reste dans ma crasse. Mais je note dans mon petit carnet - ça peut servir à d'autres : bon point, l'établissement fait thalasso.

C'est l'heure de dîner. Il y a dans le coin une invraisemblable quantité de chiens. Plus vindicatifs qu'à la campagne. En sortant de l'hôtel pour aller au restaurant d'à-côté, je suis accompagné par un concert d'aboiements hargneux. Heureusement, certains sont à la laisse. J'espère ne pas tomber sur eux dans la nuit noire quand nous rentrerons.

Au restaurant, c'est donnant-donnant. La grosse patronne me nourrit. A charge pour moi de nourrir une dizaine de moustiques affamés. Fair enough - mais pour les moustiques, c'est gratuit. Ici, la bouffe est bonne mais les portions sont maigres - il ne faut pas que les moustiques fassent du cholestérol. Heureusement je perds vite l'appétit en contemplant l'immonde boîte où sont rangés les épices, couverte de traces de crasse grise.

En face de nous, une famille thaïe. Ils ont quasiment garé la voiture dans la salle du restaurant. La fille porte une robe rouge vif qui ne passe pas inaperçue. Personne ne parle. La fille se prend en photo avec son portable. Douze minutes - j'ai regardé ma montre. Et puis on leur a apporté la bouffe. On ne parle pas la bouche pleine. Voisins agréables et silencieux.

Dans l'intervalle, j'ai le temps de parcourir une étude hollandaise selon laquelle 83% des gens qui pratiquent le selfie n'ont pas une vie sexuelle épanouie. Soulève ta jupette rouge, ma fille...

En fait, notre coin, c'est une petite station touristique pas trop connue des étrangers. Il n'est qu'à moitié envahi. En Thaïlande, on a le choix entre le confort des stations balnéaires pour farangs, et les endroits typiques, d'un confort très relatif. Il faut savoir ce qu'on veut - les capotes usagées sur la plage ou les bouteilles de plastique avec les restes de filets de pêcheurs.

Ici les lampadaires sont en or : c'est Monte-Carlo !

Au bout de deux jours, on a décidé de rentrer. En roulant, j'ai pensé à mon ressenti - un peu négatif, je reconnais. On peut voir la Thaïlande de plusieurs manières, selon l'humeur du moment. Le regard que j'ai porté sur cette petite station n'est ni plus juste ni plus faux qu'un autre. On peut aussi aller dans des endroits plus coûteux, un peu plus propres en apparence, et ne voir que des touristes - c'est une option.

En repartant, j'ai eu un éblouissement en tombant sur un panneau au bord de la route.  Pala Hotel : ce n'est pas qu'ils aient caviardé les deux dernières lettres ; c'est la plage qui s'appelle Pala beach. Au cas où tu voudrais regarder sur Google pour tes prochaines vacances...





dimanche 17 décembre 2017

Le sphinx à deux pattes


Une infirmière du service de réa à l'hôpital Maharat de Korat : elles sont triées sur le volet
Hier, en allant faire de la planche sur mon lac habituel, j'ai vu une scène étrange sur la route. Un chien, les deux pattes de devant posées à plat - un peu comme le chien qui dodeline de la tête sur la plage arrière d'une 404 Peugeot. Ou si ça ne te dit rien, comme le sphinx. Mais lui, il a la tête bien droite et fixe la pyramide de Giseh. Alors que ce chien là avait gentiment posé  son museau sur ses pattes, un peu sur le côté, comme un bon toutou qui s'endort auprès du feu, pénard, et qui digère en pétant.

C'est ce que j'ai vu de loin. Un chien tranquille posé au beau milieu de la route, et que les voitures évitaient.

Mais quand je me suis rapproché, c'était atroce. Le chien était bien là - ou plus exactement l'avant d'un chien. Tout le reste, l'arrière-train, était une bouillie sanglante de viscères répandus sur le macadam. Un poids-lourd, sans doute. Le chien pas assez rapide qui traverse pour rentrer chez ses maîtres. Il évite les roues avant, mais les roues arrière arrivent à toute vitesse, avec le bruit terrifiant du moteur et l'arbre énorme qui tourne au dessus. Paniqué, il essaye de passer par l'ouverture. Mauvais calcul. Le caoutchouc noir l'aspire et lui écrabouille les reins...

Horrible. Je ne l'ai vu que trois secondes. Mais j'ai eu envie de vomir une bonne partie du trajet.

Plusieurs journaux ont publié des articles sur le Nobel d'accidentologie décerné à la Thaïlande. Plus de 24 000 morts cette année. Des efforts méritoires pour se hisser à la première place : troisième en 2013, deuxième en 2015, et maintenant, la consécration, médaille d'or teintée de sang. Immédiatement suivie par une cohorte de pays africains.

Techniquement, la mortalité est largement due à la nature du parc : un grand nombre de motos qui se confrontent à un grand nombre de voitures, ce n'est jamais bon. Un mort thaï sur deux est un motard.

Pink is pink !
Si on compare avec le pic de mortalité routière française dans les années 70, on se rend compte que la France ne faisait pas tellement mieux à l'époque : 16 000 morts pour une population inférieure de 22% à la population thaïe actuelle - donc un taux pas tellement plus bas. Et pourtant, la France était favorisée par un nombre inférieur de deux roues (même s'il y avait encore beaucoup de mob rouges et de mob bleues chez les ouvriers). Le réseau routier français était comparable, sinon meilleur que le réseau thaï d'aujourd'hui (il y avait plusieurs autoroutes sur les grands axes).

Donc pas d'excuses, sauf une peut-être : les véhicules de l'époque étaient bien plus dangereux. Peu étaient équipés de ceintures, le frein à disque existait depuis peu, mais pas encore l'ABS ni les airbags. Cela dit, 90% au moins des accidents seraient dus à des erreurs de conduite. L'état de la voiture n'interviendrait pas pour beaucoup (ce qui se discute : l'état de la voiture n'est pas une cause d'accident mais un facteur d'aggravation).

Il faut reconnaître que les thaïs ne conduisent pas très bien. Chaque fois que je prends le volant, je constate qu'ils ne respectent pas les distances de sécurité - ils collent. Ils forcent très souvent le passage et obligent à freiner en déboitant brutalement pour doubler. Bref, ils se mettent délibérément dans des situations à risque.

J'ai passé le permis en Thaïlande. Bien moins difficile qu'en France. Les vidéos qu'on nous a fait voir mettent l'accent sur la courtoisie au volant, mais ne disent pas grand-chose sur les conditions de mise en danger. On montre en boucle un type à moto à qui une voiture fait faire un superbe vol plané - et qui meurt précise la vidéo. Mais les thaïs en regardent tous les jours des pires sur Youtube, ça ne leur fait ni chaud ni froid.

Il y a peut-être aussi les "arrangements". Ainsi, après une coûteuse semaine d'auto-école durant laquelle elle a conduit deux heures par jour, Fon a eu son permis - mais l'état lamentable de notre voiture après quatre mois d'utilisation montre que l'examinateur avait été bien indulgent !


J'ai lu sur des forums des commentaires étranges. La mauvaise conduite des thaïs serait due à leur indifférence religieuse à la mort, à la croyance au destin, à la résurrection. A je ne sais quelle particularité psychologique qui les différencierait des conducteurs occidentaux. Voire à un manque d'attention quasi neuropsychiatrique. Commentaires ethnocentriques, à la limite du préjugé racial - surtout assertions non démontrées qui n'apportent pas grand chose à la compréhension du phénomène.

Sans doute le problème thaï vient-il d'une mauvaise formation des conducteurs et d'une mauvaise gestion de la répression. La formation n'est pas tellement meilleure en France, mais la contrainte est nettement plus forte, avec un gros budget - plus important qu'en Thaïlande : les Thaïs ne sont pas plus cons, ils sont surtout plus pauvres.

Je n'aime ni la répression bête, ni l'encadrement rigide auquel on est soumis en France à n'importe quel propos. Je ne respecte pas le code de la route, je dépasse souvent les limites de vitesse. Il m'est arrivé de rouler avec un coup dans le nez, et je fais des tas d'autres choses qui sont défendues. Parce que j'estime pouvoir juger de la dangerosité des situations par moi-même. En Thaïlande, je roule parfois sans casque à moto. Et en voiture, sans ceinture. Mais toujours sur des petites routes désertes. Je ne ralentis pas près des écoles… le dimanche. J'aime bien cette liberté que m'octroie le pays, et j'accepte en contrepartie de prendre infiniment de précautions quand je roule au milieu du troupeau, parce que c'est moi qui décide de mon type de conduite, et non un apparatchik du ministère des transports.

J'ai peut-être tort. Le fait que je n'aie pas eu d'accident depuis trente ans sinon plus ne veut pas forcément dire que ma conduite est la meilleure. J'ai peut-être eu de la chance. Si on a une chance sur mille d'avoir un accident en trente ans, mais si j'ai multiplié cette probabilité par dix par ma conduite déréglée, j'ai fait une énorme bêtise. Et pourtant la probabilité d'avoir un accident, une chance sur cent, resterait encore faible.

J'aime à penser que cette conduite hors la loi n'est pas dangereuse, parce qu'elle minimise les risques non par l'obéissance aux règles mais par l'appréciation du danger au cas par cas. Honnêtement, à 160 km/h sur la voie du milieu d'une autoroute absolument déserte, route sèche, en plein jour, bien sanglé dans une voiture parfaitement entretenue, qu'est-ce qu'on risque ? Ou bien trois heures du matin, carrefour dégagé, un feu rouge, absolument personne : je trouve ça limite zarbi d'attendre le vert.

Utopique d'imaginer qu'on ne dresse pas les gens à suivre des règles, mais qu'on les instruise, qu'on leur explique en quoi elles font sens afin qu'ils les appliquent à bon escient ? Ou bien est-ce qu'on doit prendre tout le monde en bloc pour un tas d'imbéciles, imposer des règles surprotectrices à suivre à la lettre, afin que même les crétins sauvent leur peau (et celle des autres) ? Je ne sais pas répondre. Et toi ?

Il y a un point dont je n'ai pas parlé à propos des statistiques d'accidents. On peut rapporter le nombre de mort à la population, mais on peut aussi le rapporter au nombre de voitures. Et là, on observe que la situation en Thaïlande n'est pas si différente de la situation en France en 1970 (si tant est qu'on puisse se fier aux données recueillies).

En 70, on avait à peu près 14 millions de voitures et 14 000 morts. Donc 100 morts pour 100 000 voitures. En Thaïlande aujourd'hui, on a 75 morts seulement pour 100 000 voitures. Je sais bien qu'il faudrait tenir compte aussi des motos (mais je n'ai pas les données). Quand même : sur ce coup, la France a fait pire que la Thaïlande…

Courage !  Ce n'est qu'un simple retard. Qui sera rattrapé dans quelques années, quand il n'y aura plus que des voitures-robots sur l'autoroute Paris - Bangkok !
Justement, à propos de Bangkok : beaucoup moins de morts qu'ailleurs. Le paradoxe s'explique aisément : on ne peut pas rouler vite.




mercredi 13 décembre 2017

La chambre à coucher, secret des liens familiaux en Thaïlande ?


Le creuset d'une relation parents-enfants réussie : quelques planches, un niveau de confort qui tend vers epsilon ?

Je me suis souvent demandé à quoi tenait la force du lien entre les parents et les enfants thaïs. La solidarité qu'induit souvent la pauvreté ? Je passe. Il y a quelque chose d'autre. Alors voici une hypothèse - une toute petite hypothèse et sans doute pas la seule explication.

Au fait, tu te souviens du lit où tu dormais quand tu étais petit ? Moi oui. C'était un lit en bois qui avait servi à plusieurs cousins. Avec des barreaux assez rapprochés pour qu'on ne puisse ni s'échapper ni se coincer la tête dedans. Il devait faire un mètre de long : une cage à la Louis XI... Mais après ?

Après, il y a eu le lit de ma grand-mère. Pour d'obscures raisons, la moins ténébreuse étant qu'il n'y avait qu'un seul lit à deux places à l'étage, ma grand-mère nous a accueillis dans son lit, ma sœur et moi.

Ce qui signifie plusieurs choses. D'abord, qu'elle faisait lit à part avec mon grand-père. Sans doute depuis qu'elle avait appris qu'il avait une poule - une maîtresse régulière...

Ensuite, que ma mère avait fui mon père et son caractère ombrageux, et s'était réfugiée chez ses propres parents - elle y a habité un bon cinq ans avant de prendre un logement à part.

Enfin, cela laissait penser que ma mère était prête à céder ses prérogatives maternelles - pour un prétexte aussi futile qu'une taille de lit.

J'ai un tellement bon souvenir de ces veillées, de ces lectures qui ne duraient jamais assez longtemps ! Si je ferme les yeux, j'entends la voix de ma grand-mère qui "prenait le ton", je vois son regard baissé sur le livre, son profil nappé d'ombre par la lumière douce de l'abat-jour. Et sur la table de nuit, la boîte ronde et violette de réglisse, près de la burette d'huile goménolée et la fiole d'essence algérienne censée dégager les bronches - armes inoffensives que ma grand-mère brandissait au premier éternuement.

Je la soupçonne d'avoir pris plaisir à lire Sylvain et Sylvette. Même si, comme Nam aujourd'hui, nous demandions à ce qu'elle nous relise le même livre, sinon le même passage cinquante fois. Encore ! Encore ! Encore !...

Inutile de dire que j'adorais ma grand-mère. Mais quand j'ai eu sept ans, ma mère a trouvé à redire à cette promiscuité. Parce qu'elle s'inquiétait de l'emprise de sa mère sur ses propres enfants ? Un peu Une question de décence et de convenances ? Sans doute. Mais surtout, ma mère en tenait pour une éducation à l'anglaise (elle combattait Sylvain et Sylvette en me lisant Kipling). Un garçon qui dort avec sa grand-mère : incompatible avec ses idées éducatives. Le petit mâle doit suivre un chemin rude pour devenir un homme...

Une chambre était libre : on m'y a expédié - paradis perdu. Pour faire passer la pilule, on m'a fait valoir qu'elle correspondait à un changement de statut : j'étais un grand maintenant. J'y ai cru. Les faux honneurs te feraient accepter n'importe quoi... et en l'occurrence, je n'avais pas le choix. 

Mais quel est le schéma en Thaïlande ?

La nuit, Fon se partage entre notre lit et celui de notre fille. Elle s'endort tous les soirs avec elle. Elle se relève au milieu de la nuit pour me rejoindre - mais vole au chevet de Nam dès qu'elle l'entend soupirer. Hors de question de la laisser geindre trois minutes avec l'espoir qu'elle se rendorme.

Les parents thaïs exigent des enfants une obéissance plus stricte que celle qu'on demande en Occident - parce que les parents savent, ils ont l'expérience. En revanche, ils ne se sentent absolument pas obligés de leur "apprendre ce que c'est, la vie", et leur enseigner, par exemple, qu'ils ne sont pas des enfants-rois. Et que les parents peuvent parfois désirer un peu d'intimité.

Personnellement, je trouve qu'exiger trop d'obéissance est absurde. Le principe d'une éducation qui enseigne aux enfants la maîtrise de soi, l'attente, la frustration me semble tout aussi idiot dès qu'il s'applique sans motif réel. Les seuls motifs de répression sont pour moi les dangers (jouer avec des ciseaux...) ou ce qui menace le bien-être ultérieur de l'enfant (ne pas se gaver à en être malade... et encore !) La bonne éducation ? Elle doit être enseignée et non imposée. Et doit venir du cœur, si possible.

Les parents thaïs se sentent dispensés d'émanciper leurs enfants. Ils ne se réjouissent pas de leur autonomie précoce et ne font rien pour les pousser hors du nid. Les parents occidentaux ont la phobie d'élever un Tanguy. Ils pensent que l'indépendance est un facteur de réussite dans la vie. Alors que les parents thaïs pensent que de solides racines familiales permettront à leurs enfants de mieux supporter l'adversité quand viendra le moment.

Mes pensées vont à tous ces enfants européens et américains qui dorment dans leur chambre, seuls - pour leur bien...et s'envolent du nid à vingt ans pour ne revenir qu'à contrecœur, à Noël ou à Thanksgiving... Tandis qu'à Bangkok, une fille de ma connaissance fait quatre heures de bus tous les samedis pour dormir chez ses parents...

La communauté de sommeil avec les enfants est-elle une règle en Thaïlande ? En tout cas ce n'est pas une obligation : il y a de l'espace dans les fermes. Fon me dit qu'elle dormait avec ses parents, sur le même grabat, avec son frère. "Comme ça, on se tient chaud, on se sent bien, j'aimais..."

Elle sait bien qu'il y a beaucoup de pères pédophiles en Thaïlande. Mais qu'y faire, il y aura toujours des méchants. Et le plaisir d'être en famille, n'est-ce pas le plus important ?

Fon a dormi avec ses parents jusqu'à l'âge de onze ans. Onze ans ! Je n'ai pas osé lui demander si elle les avait vus faire l'amour…

Qui sait le rôle de la promiscuité dans les relations familiales - promiscuité tellement honnie en occident ? Heureux ceux qui sont bardés de certitudes...

La toilette à la ferme : on apprend à s'asperger avec une coupelle dès le plus jeune âge.




dimanche 10 décembre 2017

Les vents en Thaïlande


La pointe des arbres salue... On m'a dit que je pourrai faire de la planche à voile en Thaïlande. C'était juste... du vent !

Non, il n'est pas dans mon intention d'étudier la pratique de la vesse dans le métro de Bangkok, ou le statut du pet dans les manuels de civilité thaïe - encore moins d'écrire un nouvel art du contrepet. Sujets qui présentent pourtant un intérêt et que je traiterai peut-être un jour.

J'ai juste remarqué un fait curieux, que tous les météorologistes connaissent par cœur j'imagine, et qui concerne le vent.

Ce fait, je l'ai vérifié sur Weather Underground. L'occasion de louer cet excellent site météo alimenté en données par des stations météo personnelles - d'où une très large couverture.


La page "10 jours" de Weather Underground pour Pimai, Thaïlande. On voit que les chances de neige sont basses.

En France, et de manière plus générale sous nos latitudes, les horaires du vent sont variables et irréguliers. J'ai vérifié à Nantes, à New York, à Berlin sur la décade à venir. Et aussi à Chicago où l'on observerait peut-être un léger renforcement du vent en milieu de journée - mais pas sûr. Renforcement que j'imagine dû à des échanges thermiques entre le lac Michigan et la mégapole.

En revanche, à Pattaya, à Korat, à Chiang Mai, à Phuket, à Bombay (Inde) ou à Pointe-à-Pitre (Guadeloupe), on observe un très net renforcement du vent en milieu de journée. Si bien que sous ces latitudes, on a un schéma constant et régulier sur 24 heures. Le graphe du vent sur dix jours ressemble à une succession de dents de requins (pas de dents de scie, parce que les dents de scie sont régulières).

Bordeaux : pas de rythme
Boston : intéressant parallélisme de chaque côté de l'Atlantique
Dakota (Illinois) : mou
Moscou : toutes ces villes du nord n'ont pas de rythme de vent. Peut-être un peu plus en été ?

L'explication est sans doute simple. Probablement un phénomène thermique. Avec une interférence des alizés ? D'ailleurs, en regardant attentivement, on constate que même dans les régions tempérées, midi correspond souvent à un petit renforcement du vent.

Je ne sais pas si je dois rapprocher mes dents de requin du vent solaire qu'on a l'été sur les côtes atlantiques : la différence de capacité à emmagasiner de la chaleur entre la terre et la mer aboutit à une différence de restitution de cette chaleur, avec :
- des airs plus chauds sur la terre pendant la journée (air qui monte et engendre une aspiration horizontale de l'air de la mer - donc vent qui souffle de la mer vers la terre)
- des airs plus froids sur la terre pendant la nuit : air qui se plaque au sol et se fait aspirer par le large  : aspiration horizontale de l'air vers la mer - donc vent de terre (vers la mer).


Boca Raton, en Floride : le rythme est nettement plus visible.
Nakhon Pathom, Thaïlande : les dents de la mer à 20 km

New Dehli, India : jolis crocs

Ici à Korat, j'observe les dents de requin. Un vent solaire pourrait-il agir à une si grande distance de la mer ? Au milieu de l'été, en France, le vent solaire se manifeste jusqu'à 200 km de la côte. Et à Chengdu, au beau milieu de la Chine et 2000 km des côtes, par 32° de latitude nord, le phénomène semble très atténué mais encore présent. La question reste ouverte.

Bref, en Thaïlande, il y a du vent entre 11h. et 14h. Le matin et le soir sont toujours paisibles et agréables... A midi, selon mes observations, on a rarement plus de 12 nœuds. Et pendant la saison touristique, décembre janvier février, encore moins.

Moins qu'en France ou Guadeloupe ! Funboarders s'abstenir...